Produire du vin en Belgique : est-ce rentable ?

Alors que le SPF finances vient de livrer ses derniers chiffres à propos de la viticulture en Belgique, une question demeure entière et un peu opaque : est-ce vraiment rentable ?

Le boom actuel de la viticulture en Belgique et plus particulièrement en Wallonie, ne doit pas cacher la forêt des difficultés rencontrées par les entrepreneurs.

Les chiffres sont implacables, mais encore faut-il un peu les interpréter.

Tout croît à une vitesse impressionnante, et, faut-il encore l’écrire, représente un phénomène unique au monde. Même si nos voisins hexagonaux ne nous voient que d’un œil goguenard, quand ils nous voient, ce qui se passe en ce moment chez nous mérite que l’on s’y attarde.

Certes, malgré le réchauffement climatique, nous sommes encore en zone septentrionale. C’est-à-dire que pour ce qui est de vins rouges amples, puissants, charpentés ce n’est pas encore tout à fait ça même si des épiphénomènes climatiques permettent parfois des réussites franchement bluffantes. Mais ce sont les exceptions qui confirment les règles. Nous sommes un territoire de blancs, de bulles aussi et de gentils rosés. Cette situation a pour résultat de nous permettre de produire des blancs, vifs, tendus, nerveux, racés. Pas encore des vins riches aux accents bourguignons ou rhodaniens même si certains si essayent avec parfois un joli succès.

Les soucis de la viticulture belge sont aussi ses qualités potentielles

Tout part d’une page blanche, il faut écrire l’histoire. Tout est à inventer. Ne fut-ce qu’en matière d’équipement, de laboratoires, de formations, de marchands de matériel. Les conversions sont rapides, l’esprit entrepreneurial local fait des merveilles, mais tout ne se fait pas en un claquement de doigts malgré tout et quelques manques se font fort sentir.

Le nerf de la guerre reste au niveau financier

La Belgique est un pays riche, et pas mal de grandes familles propriétaires terriennes d’importance se font un peu plaisir en plantant quelques hectares de vignes avec l’intention de produire de quoi se réjouir entre proches et d’en vendre un peu au passage. Avant, on perdait de l’argent dans les chevaux ou dans la galerie d’art du petit dernier, aujourd’hui, on s’offre quelques arpents de vignes. Malheureusement, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne et nombreux sont les passionnés qui veulent se lancer. Attention, aux lendemains qui déchantent, car les investissements sont énormes. Cela va de la terre qui peut allègrement dépasser les 110 000 € à l’ha (à titre indicatif à Bordeaux en ce moment, on trouve des ha de vignes plantés et productifs vers 8 000 €, mais c’est la crise chez eux) aux équipements (un tracteur neuf tourne autour des 140/150000€) sans oublier la construction des chais et autres détails qui font mal. Bien évidemment, les institutions financières sont frileuses, c’est le moins que l’on puisse en dire. Le recours aux financements participatifs sous diverses formes est la solution la plus utilisée actuellement, et cela, à l’air de fonctionner.

Oui, mais ça, c’est pour démarrer…

On l’oublie trop souvent, mais l’industrie vinicole ne fonctionne pas tout à fait comme une start-up biotech. Le ROI (retour sur investissement) est très lointain en termes d’économie actuelle. On évoque souvent la martingale 10/10/10. C’est-à-dire 10 ans, 10 ha, 10 euros afin d’atteindre la rentabilité. Le prix moyen de la bouteille locale est largement au-delà de ce niveau, mais rien ne dit que le marché ne va pas se réajuster au niveau de nos voisins. Sachant que le prix moyen du vin sur le marché belge se situe un peu au-dessous de 6 €, il faut se préparer. Sachez aussi que l’immense majorité des producteurs sont là pour le plaisir. Celui d’être ensemble, de retrouver le contact avec la terre, de partager des moments simples autour de la vie du vignoble et… le cas échéant, d’un bon coup à boire un jour ou l’autre. Les domaines à vocation « économiques » sont minoritaires en termes de propriétés, même s’ils sont largement majoritaires en termes de surface ce qui est assez logique. En termes de rentabilité bilantaire, seul un domaine tire son épingle du jeu parce que tout y a été fait en fonds propres. Tous les autres sont encore dans le rouge, mais c’est tout à fait normal étant donné l’ampleur des investissements.

Que faire alors pour se donner les moyens de ses ambitions ?

La chance des Belges, c’est d’arriver en dernier sur la planète vin dans cette partie du monde. Cela permet de s’inspirer de ce qui se fait de bien ailleurs et d’éviter de sombrer dans les mêmes erreurs. L’essentiel du vignoble wallon prône des usages agricoles proches de la nature, l’agro-foresterie n’est pas un vœu pieu, le bio et la biodynamie sont très répandus. L’œnotourisme semble être une clef fondamentale aussi. Cela va d’une salle de spectacle exceptionnelle et des restaurants (dont un étoilé Michelin) au Domaine du Chant d’Eole, aux Terrasses des Agaises en été chez Ruffus, en passant par des concerts rocks dans les chais au Domaine W, sans oublier les magnifiques animations du château de Bioul. On trouve aussi des plus petits domaines qui proposent des nuitées originales dans des tonneaux géants comme au Domaine de Biamont. Ajoutez à cela les possibilités de locations pour des séminaires et autres activités combinant la nature et le team-building, autour d’une jolie dégustation pour clore les débats et vous aurez une idée de ce qui est possible chez nous. Les vignerons Belges font preuve de pas mal de créativité afin de trouver des débouchés économiques complémentaires à leurs productions vinicoles en attendant d’arriver à une vitesse de croisière équivalente à la maturité du paysage viticole local.

En conclusion, être vigneron en Belgique est-ce rentable ?

Oui : comme partout. À condition de prendre cela comme un job à temps pleins. Il faut gérer au plus près, rien n’est évident et tout est fragile dans ce nouveau métier. Un jour viendra surement où les choses se simplifieront, mais en attendant, ce n’est rentable qu’à condition de se retrousser les manches et de n’attendre d’aide que de soi-même.

Non : si vous croyez qu’il suffit de se présenter pour être élu.

On s’en fout : si vous êtes une bande de potes, une famille qui a trouvé un but pour se réunir ailleurs qu’une maison en Ardennes ou à la côte d’Opale. Le bonheur n’a pas de prix affirme la sagesse populaire. À vous de voir jusqu’où vous êtes prêts à aller ou à perdre pour votre bonheur. Vous connaîtrez alors son prix.

Le bilan de l’année 2023 d’après le SPF Finances

La production totale de vin belge a augmenté de près de 13 % en 2023. La hausse la plus forte concernait les vins blancs (17 %) et les mousseux (53,8 % pour le rosé et 18 % pour le blanc). Le nombre de viticulteurs et d’hectares cultivés a également crû de plus de 11 %. La tendance à la hausse de la production de vin belge se poursuit. La production record d’environ 3 millions de litres du millésime 2022, exceptionnellement bon, a été largement dépassée en 2023. Pas moins de 3.434.604 litres de vin ont été produits, soit une augmentation de près de 13 %. Malgré une météo peu favorable, 2023 a de nouveau été une année vinicole prospère. La croissance de 13 % correspond parfaitement à la hausse du nombre de viticulteurs et d’hectares cultivés, laquelle a finalement atteint plus de 11 %.

La Wallonie largement en tête de la production et cela ne semble pas prêt de s’arrêter

2023, production en hausse tant en Flandre qu’en Wallonie

L’augmentation concerne tous les types de vin, à l’exception du vin rouge dont la production a chuté de 33 % en 2023. Ce recul s’explique principalement par les mauvaises conditions climatiques de l’été, lesquelles ont entrainé un retard de maturité des raisins. En revanche, la production de vin mousseux rosé a explosé de 54 % et celle de vin mousseux blanc a augmenté de 19 %. La production de vin blanc a pour sa part crû de 17 % et celle du rosé de 9,5 %. En 2022, la Flandre et la Wallonie produisaient la même quantité de litres de vin, mais ce rapport a légèrement changé en 2023. Avec 1.838.180 litres, la Wallonie a produit 53,5 % de la production viticole belge, tandis que la Flandre, avec 1.596.424 litres, ne représente plus que 46,5 % de la production belge. Cette baisse générale en Flandre est principalement due aux diminutions dans les provinces d’Anvers (-7,8 %), du Limbourg (-6,4 %) et du Brabant flamand (-6,44 %). Les fortes hausses enregistrées dans les provinces de Flandre-Occidentale (29,5%) et Flandre-Orientale (35,8%) n’ont pas suffi à compenser ces diminutions. En Wallonie, en revanche, les chiffres sont positifs dans toutes les provinces, et se sont même envolés en province de Liège (35,3 %) et de Namur (31,2 %). Des augmentations plus faibles ont été observées dans les 3 autres provinces : Luxembourg (15,7 %), Hainaut (10,4 %) et Brabant wallon (13,43 %).

Combien de viticulteurs dans le royaume ?

Le nombre de viticulteurs et d’hectares toujours en plein essor.

D’année en année, le nombre de viticulteurs belges augmente. En 2023, le pays recensait pas moins de 290 vignerons, contre 259 en 2022 et 237 en 2021. Il s’agit aussi bien d’amateurs que de professionnels. Les hausses les plus importantes ont été constatées en Flandre. Elle comptait en effet 23 nouveaux vignerons (contre 8 en Wallonie). Les provinces en tête sont le Limbourg et la Flandre-Occidentale avec respectivement 7 et 5 nouveaux viticulteurs. En 2022, la Wallonie comptait environ 40 % des viticulteurs belges, mais ce chiffre est tombé à 38 % en 2023, à la suite du grand nombre de nouveaux vignerons enregistré en Flandre. Ce chiffre reste toutefois supérieur aux 36 % de 2021, aux 32 % de 2020 et aux 25 % de 2019. On observe la même tendance pour le nombre d’hectares de vignes cultivés, avec 891 hectares en 2023 contre 801 hectares en 2022. On peut affirmer sans se tromper que la barra symbolique des 1000 ha est très proche. Ce qui peut paraître énorme, mais qui n’est qu’une infinité au regard ce qui se fait chez nos voisins. Rien que la Champagne représente près de 33 000 ha. Le Vignoble luxembourgeois est à portée de main, 1 235 ha. Le Mittelrhein, notre plus proche voisin, par contre n’est que de 461 ha.

Avec moins de surface affichée en vignobles, le Hainaut produit largement plus que la provins de Liège

Rassurez-vous, ce n’est pas dû au climat ou à la nature du sol, mais bien au type de vins produits. Le Hainaut représente l’immense majorité de bulles produites au pays, avec des densités de plantation importantes. Alors qu’en Province de Liège, on produit plus de vins tranquilles avec des densités de plantations plus faibles. Ceci explique cela. CQFD.

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