La mémoire de la bière.

O Belgique O mère chérie, à toi nos cœurs, à toi nos bras. A toi nos foies aussi, il faut bien le dire. Car s’il est bien une terre festive c’est notre petit royaume d’absurdie. J’ai un jour fait le pari loufoque que je trouverai une fête traditionnelle par week-end chez nous. Mis à part le week-end entre Noël et Nouvel-an, rien qu’en Wallonie j’ai fait le tour avec succès. Et je ne parle pas de la fête des moissons de Trifouilla-lez-Berdouilles ou du rassemblement de tracteurs anciens de Chaumont-Chaussée. Non, je parle de fêtes ancrées dans le séculaire au minimum. C’est dingue. Toutes ces fêtes ont un dénominateur commun, hors celui de l’association parfois scabreuse entre le païen et le sacré, toutes nos fêtes sont arrosées de bière.

Du vin, du pékèt ou de la pils : à chacun son moment.

Je vois bien quelques esprits chagrins me faire remarquer illico que les Gilles boivent des vins effervescents, allant du Ruffus au Champagne en passant par le Champs d’Éole ou autres. Certes, mais ça c’est au craquement de l’aube, pour partir, quand le jour point sur l’horizon. Un fois le soleil bien levé, c’est le jus de Gambrinus qui prend le relais. Et il en va de même dans toutes nos fêtes traditionnelles.

Je me souviens, il y a quelques années, d’un 15 août en Outre-Meuse, il était à peine quinze heures, et je chaloupais en Roture, accolé à mon amoureuse. Nous étions encaqués comme des maatjes, nos semelles collaient au pavement grâce à un doux mélange de sodas, de pékèts et de bière. Certes, il est de coutume là-bas de s’arsouiller au p’ti blanc, mais pour vivre plus longtemps que la moyenne, il est fondamental d’alterner avec de la pils. On n’est pas à côté de Jupille pour rien. Oui, parce que lorsqu’il est question de fête populaire, règlement de police oblige, c’est en plastique que l’on sert les boissons. Et une bière spéciale à la bouteille c’est bof, alors on se rue sur la pils.

Certes, il y a des tentatives de création de bières à la fois locales et festives. Pour le Doudou de Mons, il y a quelques années, une bière verte fut créée. Le succès fut mitigé si je ne me trompe.

La fête populaire a le goût de la bière.

La bière est partie intégrante du folklore dans sa fonction de boisson populaire. Elle permet une légère désinhibition, elle nourrit, elle abreuve. Passée une certaine limite, elle rend con. L’ivresse à une physiologie bien particulière ; elle se construit à la bière et à la fête. Ce n’est pas une ivresse dominicale commune, l’ivresse folklorique à des racines, une profondeur, des valeurs. Et le goût de la pils.

D’Eupen à Mouscron, d’Ypres à Hasselt, quand on laisse parler nos racines, on les irrigue abondamment à la Pils. Il faut que l’on pisse des litres, les yeux rivés aux étoiles, en riant à l’infini, à gorges déployées, pour sentir les vibrations de la terre, le murmure de nos ancêtres. Pour que l’écho des fêtes passées et à venir se perpétue bien au-delà de nous…